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Voici quelques conseils pour ceux qui, avant de passer l’épreuve de philosophie, qu’ils n’ont strictement rien appris … mais qui seront utiles aux autres…

Conseil philosophique du héron : ne jamais se précipiter sur sa proie … ici sur le sujet … Prendre le temps d’analyser tous les concepts pour trouver une ou des contradictions qui constituent la problématique

Rappelons le conseil que nous répétons sur ce site à chaque analyse de sujets :

1° L’intitulé vous invite à répondre par oui et par non : danger car c’est une tentation diabolique car vous allez écrire le summum de banalités, de lieux communs, de préjugés, de récitations de bribes de cours etc. qui, autrefois, donnaient lieu à cette appréciation du correcteur : « ce n’est pas de la philosophie »

2° Mais, alors, vous vous demandez : « c’est quoi la philosophie », ou plutôt « c’est quoi être philosophe » puisque c’est cette qualité qu’on exige de vous lors de votre rédaction ? La réponse se trouve dans une démarche négative ! Vous devez absolument vous abstenir de penser que vous comprenez la question ! Certes, vous êtes capables de répondre à des questions dont vous ne comprenez pas le sens (surtout en mathématiques pour les littéraires …) mais là, il est impératif d’adopter l’attitude qui est la condition première du philosophe selon Aristote, à savoir, l’étonnement ! S’étonner, c’est reculer, prendre de la distance par rapport à ce qui se présente, ici, l’intitulé. Il faut donc analyser tous les concepts de l’intitulé en s’abstenant de répondre à la question que l’on doit transformer en problème, en problématique …

Prenons un exemple sur des sujets qui viennent d’être proposées en juin 2025 aux élèves des centres étrangers :

  • « La justice a-t-elle besoin de la force ? » (Asie juin 2025). Qu’est-ce qui est étonnant et doit créer chez l’étudiant l’entrée en philosophie ? Un besoin c’est un manque nécessaire; l’organisme humain a besoin d’eau pour survivre, mais pour que l’eau satisfasse ce besoin, il est nécessaire que l’eau convienne au corps, soit de même nature. Si nous appliquons cette notion de besoin aux relations entre la force et la justice, n’y-a-t-il pas de fortes raisons de s’étonner, donc de se mettre en position de faire un devoir de philosophie ? Car la force qui est énergie pure qui s’impose, est-elle de même nature que la justice qui se fonde sur des valeurs, sur ce qui doit être ?
  • N’y a-t-il pas un conflit essentiel entre ce qui est de l’ordre de ce qui est (la force) et ce qui est de l’ordre de ce qui doit être (la justice) ? Vous avez trouvé ce qui sera au cœur de votre devoir que l’on nomme problématique. Comment concilier deux éléments qui ne sont pas de même nature ? La justice, pour s’appliquer, ne va-t-elle pas perdre son essence en passant par la médiation de la force ? La force ne risque-t-elle pas de se substituer à la justice en proclamant que c’est elle qui est juste ? Une lecture du Loup et de l’agneau  que tout le monde connaît, serait la bienvenue.

3° Dernier conseil : regardez la liste officielle du programme de philosophie et cherchez dans ce site ce que nous avons appelé essence ou conditions de possibilité de chaque notion. Consacrez votre première partie de votre devoir à déployer ces conditions de possibilité pour découvrir des contradictions ou des paradoxes entre les notions de l’intitulé et vous aurez la problématique qui vous donnera sans effort la moyenne …

Cette année 2025 , l’art est vraiment à la mode dans tous les centres étrangers… « Une œuvre d’art doit-elle toujours plaire? » ; « L’art peut-il se passer de règles? » ;

« L’art peut-il nous apprendre à voir le monde autrement  »  (voir ici la problématisation Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ? (Bac philo 2022).

« La création artistique est-elle totalement libre? »    (lire ici l’analyse d’un sujet très proche :  L’artiste est-il maître de son œuvre ? bac philo S 2014 : problématisation:                     

Apprenez donc les 6 conditions de possibilité ou essence de l’art que je vous donne dans le sujet suivant : Et vous verrez que cette analyse permettait de traiter bien d’autres sujet sur l’art tombés en 2025!

Lisons l’intitulé pour tenter d’en dégager des

paradoxes et une problématique. Pour cela il nous faut partir de l’essence de l’art en dégageant les conditions nécessaires et suffisantes pour qu’il y ait art :

On peut, pour trouver l’essence de l’art et d’une œuvre d’art, dégager 6 conditions de possibilité nécessaires et suffisantes.

1) une matière : l’œuvre d’art s’inscrit dans le sensible (ce sensible peut être de nature différente : couleurs, sons mais aussi mots)

2) une action (que l’on nomme production ou création) sur cette matière (transformation)

3) cette action est génératrice d’une forme (qu’on ne confondra pas avec un signe ou une image : voir ici) qui doit être singulière (qui se reconnaît dans le style propre à chaque artiste) : l’artisan n’est pas un artiste car il ne crée pas un style en suivant des règles précises. L’artiste est qualifié de génie car capable de créer sans règle préalable (« Toujours, nous serons tentés de chercher à la forme un autre sens qu’elle-même et de confondre la notion de forme avec celle d’image qui implique la représentation d’un objet et surtout avec celle de signe. Le signe signifie alors que la forme se signifie«Henri Focillon)

4) cette singularité a, en droit, une valeur universelle (même si elle n’est pas toujours reconnue comme telle dans la réalité)

5) cette forme est belle (elle n’est pas vraie ou utile ou morale ou immorale etc.)

6) cette forme belle produit quand on la contemple une joie, mieux, un bonheur : le bonheur du sentir

Mais l’intitulé ne dit pas « l’art » mais  parle de « pratiques artistiques » ; il met l’accent sur la deuxième condition de possibilité que nous avons dite, à savoir que l’art est de l’ordre d’une action sur une matière et sur ce point il s’apparente à la technique qui est aussi une action qui agit sur une matière. Mais s’agit-il d’une action qui produit ou qui crée ? Cette condition de possibilité est très importante pour ce sujet et conditionne en grande partie la problématisation. Si l’on dit que l’œuvre d’art est une production, on ne voit pas en quoi elle pourrait avoir un statut fondamentalement différent des productions techniques qui transforment effectivement le monde. Mais si l’on accorde à l’œuvre d’art le statut de création produit par l’imagination (faculté de néantisation du réel), nous aurions un argument essentiel pour lui donner un statut ontologique spécifique, singulier. L‘imagination qui est à l’œuvre dans l’art, ne pose pas une existence car elle neutralise le réel ; en termes sartriens, elle le néantise. Elle est le pouvoir de faire surgir quelque chose qui n’appartient pas au réel, qui ne vient pas du réel. L’imagination est le pouvoir (signe de la liberté de l’homme) de créer véritablement un réel, un monde, qui se suffit à lui-même.

Notre interrogation deviendrait alors la suivante : si les pratiques artistiques sont de l’ordre de la production ne faut-il pas dire qu’il est évident qu’elles transforment le monde à l’égal de la technique ? Mais si nous disons que l’art est création, surgissement de quelque chose à partir de rien, il ne serait pas transformation du monde mais formation d’un monde propre à chaque pratique artistique ? On pourrait donc interroger l’article défini « le » [monde] qui induit une direction que l’on remettrait en question : à côté du monde que les hommes modifient constamment par leur culture et leurs techniques, il y aurait des mondes et même des univers propres à chaque artistique qui ne communiquent pas avec « le » monde habituel. Et comme le dit James Joyce chaque artistique crée son monde : « le monde dans une coquille de noix ».

On voit que nous avons deux parties distinctes faciles à écrire mais dans une dernière partie on pourrait se demander si on doit en rester à une opposition entre des pratiques essentiellement techniques qui transforment le monde et des pratiques artistiques qui forment des mondes singuliers, propres à chaque artiste et à chaque pratique artistique ? N’y a-t-il aucune communication entre ces deux types de monde ? On pourrait répondre que si l’art ne transforme pas directement le monde, il provoque en nous une transformation de notre rapport au monde. Celui qui a vu les tableaux de Van Gogh, Guernica de Picasso, entendu « La mer » de Claude Debussy ne voit plus « le » monde comme avant. La pratique artistique (qui vaut aussi pour celui qui regarde les œuvres qu’il n’a pas faites) transforme le monde de chaque homme.  

On connaît l’angoisse de l’élève à la fin de l’année scolaire : « sais-je assez mon cours de philosophie ? » Et quel que soit l’élève, travailleur ou dilettante, la réponse est toujours identique et angoissante : « j’ai fait l’impasse sur telle notion ou je ne connais pas suffisamment les doctrines des philosophes etc.». En réalité, tout élève en fin d’année sait trop de choses et cette angoisse devant ce sentiment d’ignorance a pour effet de lui faire perdre de vue la seule exigence qui lui est demandé à l’examen, à savoir, montrer qu’il est capable de réfléchir, de penser (et non pas de réciter) un intitulé qu’il n’a jamais encore examiné ! Le but de ce qui va suivre est de montrer qu’une analyse attentive de l’intitulé qui peut constituer la première partie de la dissertation n’exige pas de connaissances

Quelle est la qualité essentielle que recherche le correcteur dans une dissertation? Le questionnement, l’interrogation, l’étonnement qui est le même nom que problématique. Cela signifie que celui qui prend l’intitulé comme allant de soi n’a pas compris en quoi consiste l’esprit de la dissertation philosophique qui ne peut jamais consister dans la récitation de ce que l’on a appris. C’est pourquoi, même si l’on croit comprendre le sens de l’intitulé, il faut s’astreindre à se dire qu’on ne le comprend pas! En d’autres termes, il faut penser qu’il n’y a rien d’évident. Cette méthode socratique est la seule qui permette de se placer en situation de réflexion. Même si, plus loin dans son devoir, on a du mal à démontrer telle ou telle thèse, le fait d’avoir véritablement questionné l’intitulé suffit pour obtenir la moyenne. On comprend pourquoi le conseil essentiel de la plupart des professeurs de philosophie consiste à demander à leurs élèves qu’ils définissent les concepts présents dans l’intitulé.

Mais il y a une manière de le faire mécaniquement qui n’a strictement aucun intérêt puisqu’elle se contente de donner une définition à la façon d’un dictionnaire. De même que l’on ne peut pas apprendre une langue étrangère en apprenant, les uns après les autres, des mots isolés dans un dictionnaire, on ne peut pas penser que l’on a fait un travail de réflexion sur l’intitulé en accumulant simplement les définitions des mots. Le sens d’une phrase n’est pas la simple résultante de l’addition des mots qui la constitue. Il faut donc définir les mots mais jamais pour eux-mêmes mais toujours en les faisant circuler dans l’ensemble de l’intitulé.

Comment définir les concepts?

Il faut poser la question suivante : que faut-il pour qu’il y ait (travail, bonheur, interprétation, vivant etc.) ? Quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes qui rendent possibles ces notions? Cela permet de dégager l‘essence du concept considéré c’est-à-dire ce qui fait que le travail est du travail et non pas autre chose, que le bonheur est du bonheur et non pas du plaisir etc.

Application : 

Prenons l’exemple d’une notion au programme, celle de travail. Lorsque les élèves cherchent à définir la notion de travail, ils répondent la plupart du temps à une autre question qui porte sur l’utilité, la finalité du travail. La question est en fait de se demander ce qui fait que le travail est travail et non pas loisir, ce qui revient à en chercher l’essence.

– On remarquera rapidement que la condition majeure pour qu’il y ait travail, est la présence d’une production qui peut être de nature matérielle et/ou intellectuelle.

– Mais toute production n’est pas du travail au sens fort du terme (rappelons que dans une dissertation et notamment sur les concepts qui figurent dans l’intitulé on doit nécessairement prendre un sens fort et non pas un sens faible). D’ailleurs, on peut se demander à la suite d’Aristote et de Marx si l’abeille qui construit des alvéoles à la façon d’un architecte ou l’araignée qui tisse une toile à la manière d’un tisserand, travaille. La réponse est négative car l’activité de travail exige que la production soit pensée, réfléchie. En d’autres termes, avant de produire un objet quelconque, le travailleur doit avoir dans son esprit la forme qu’il veut imposer à la matière, ce qui suppose une pensée, une conscience, une raison.

– Avons-nous pour autant trouvé l’essence du travail, ce qui fait que nous avons affaire à du travail et non pas à un loisir ? Pas encore, car dans le loisir, nous pouvons avoir une production réfléchie alors que nous ne parlerons pas évidemment d’activité de travail. Il faut donc faire apparaître une troisième condition de possibilité du travail, à savoir, une contrainte. Il n’y a de travail que si l’activité productrice possède, à des degrés divers, une part de contrainte. Inversement si celle-ci disparaît, le travail disparaît.

À ces trois éléments, généralement les élèves issus des sections économiques, ajoute la rémunération. On peut alors se demander si cet élément est indispensable pour dégager les sens de l’activité que l’on qualifie de travail. Il n’est pas difficile de s’apercevoir qu’il n’en est rien car, même si dans nos sociétés, il est devenu impossible de séparer travail et rémunération, il peut et il a pu exister des hommes, les esclaves, qui travaillaient sans être véritablement rémunérés. Même si l’on n’était pas payé, nous n’en travaillerions par moins si les trois conditions que nous avons dégagées sont présentes.

Supposons maintenant que le sujet nous demande si l’on peut concilier une activité de travail et le bonheur ? Sans vouloir ici définir la notion de bonheur qui devrait faire l’objet de la même analyse que celle que nous venons de faire pour le travail, il est évident qu’il est désormais facile de reprendre les éléments constituants de la notion de travail pour problématiser l’intitulé. Ainsi on proposera, sous forme interrogative, la question de la conciliation possible entre une production et le bonheur, entre la nécessité d’une conscience ou d’une raison et le bonheur, entre la présence d’une contrainte et le bonheur. Voilà ce qu’est la problématisation dont on vous parle tant et que vous n’avez jamais rencontrée! Si vous faites l’analyse des conditions de possibilité des concepts essentiels de l’intitulé, il en résulte nécessairement des oppositions, des contradictions, des paradoxes qui constituent ce que l’on nomme problème.

Vous trouverez sur ce site beaucoup d’exemples qui mettent en œuvre les conseils que nous venons de donner : Le travail permet-il de prendre conscience de soi? (Bac 2013) Corrigé, problématisation

Voilà le conseil majeur à respecter dans une dissertation : ne jamais esquisser la moindre réponse tant qu’on n’a pas défini avec une grande attention les concepts qui figurent dans l’intitulé mais sans oublier bien entendu de faire circuler ces définitions entre les concepts : c’est cela faire preuve d’intelligence devant un sujet.

 

La raison.