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L’artiste est-il maître de son œuvre ?
Sujet classique sur l’art et sur le rapport que l’artiste entretient avec sa « production ». Mais le sujet peut s’ouvrir sur deux dimensions dont l’intérêt est inégal :

1° qu’en est-il, dans l’acte même de production, du lien entre l’artiste et ce qu’il fait ? C’est le point les plus important

2° que devient l’œuvre une fois produite et désormais exposée dans un musée, reproduite par les techniques, regardée par d’autres ? Ce point est intéressant mais peut donner lieu à des remarques historiques et sociologiques qui risquent d’entraîner le candidat dans des considérations empiriques qui n’ont pas de valeur philosophique. En réalité, elles devraient permettre de remettre en question, ce qui nous semble pourtant évident, à savoir la notion même d’œuvre car, paradoxalement aujourd’hui, ce n’est plus l’artiste le plus souvent, qui peut décider qu’il a fait une œuvre mais c’est, par exemple, le choix d’un conservateur qui, l’exposant dans une galerie, la constitue comme œuvre ! Du coup, dans une dernière partie feu d’artifice, il serait possible de remettre en question et l’idée d’œuvre, et l’idée de maîtrise et l’idée d’artiste.Bref, on pourrait montrer que le sujet posé a perdu en grande partie aujourd’hui toute signification !

Pour répondre à la première interrogation, le candidat pourra classiquement comparer l’activité du technicien et celui de l’artiste en opposant production et création.
Pour être maître de ce que l’on fait, il faut qu’il y ait conscience, mieux raison et capacité de mettre en application ce que la raison nous commande de faire en suivant des règles. Si l’art est le fruit d’une création, alors les règles n’existent pas (on parlera de génie capable de produire sans règles préalablement données et qui échappent à une maîtrise rationnelle) mais si elle est une production, alors, elle suit des règles
Pour qu’il y ait production, il faut qu’il y ait des règles, des lois obéissant à un certain déterminisme. Ce qui signifie que, dans la production, ce qui apparaît comme nouveau, ne peut l’être que sous un fond de continuité et selon des modalités bien précises.: c’est le cas de la production technique qui suit des règles de production que l’on peut copier sans problème : on obtient alors une production universelle qui ne dépend pas de la subjectivité de celui qui la fait et qui est maîtrisée par elle.
Comment définir alors le concept de création ? Celui-ci renvoie, comme celui de production, à l’apparition de quelque chose de nouveau mais il signifie essentiellement : faire surgir quelque chose ex-nihilo c’est-à-dire à partir de rien. Il sera alors difficile de parler de maîtrise à propose de quelques chose qui surgit à partir de rien, sans règles pré-données.
Quelles sont les conditions de possibilité d’existence de l’œuvre d’art ?
Nous en dégageons 5 et il suffira d’adapter un ordre adéquat pour les adapter au sujet donné :
1° Une production.
On comparera du coup, au cours du devoir ce que sont une production et une création
Mais toute production ne relève pas de ce que l’on nomme oeuvre d’art, comme c’est le cas d’une production technique
2° Cette production a une valeur singulière ; elle n’est pas la copie ou la reproduction de quelque chose d’autre, d’un modèle comme c’est le cas dans l’activité du technicien. C’est ici que l’on pourrait faire apparaître la différence avec la maîtrise du technicien qui, d’emblée, doit avoir valeur universelle. La maîtrise détruit l’idée de singularité, d’unicité.
3° Mais cette singularité ne se limite pas à elle-même; elle vise une universalité.
Mais toute universalité n’est pas de nature esthétique. C’est le cas des propositions scientifiques ou techniques dont la valeur sont universelles tout en étant dégagées de toute singularité (les lois de Galilée, tout en ayant été formulées par lui sont détachées de sa propre personne et valent pour tout être rationnel).
4° Cette production singulière à visée universelle provoque un plaisir, mieux, une joie, mieux un bonheur chez celui qui la saisit.
5° Ce bonheur esthétique est donné par la saisie du beau.

On voit donc que certaines conditions de possibilité de l’œuvre d’art rendent difficile, à la différence de la production technique, l’idée d’une maîtrise de l’acte même de production.

On pourrait approfondir en montrant que l’œuvre d’art n’est pas un objet comme un autre puisqu’elle n’est pas un ob-jet et que l’idée de maîtrise, de domination d’un objet par un sujet n’a pas de sens en ce domaine. (voir ici que l’œuvre d’art est de l’ordre du sentir). Dans l’acte de création, l’artiste est engagé dans un processus singulier dans lequel et l’idée de maîtrise et l’idée d’œuvre n’ont pas de sens.

Restait alors à se demander si, une fois l’œuvre créée, objectivée, l’artiste pouvait être déclaré maître de ce qu’il avait fait. Il l’est dans la mesure où on reconnaît chez l’artiste une forme, un style qui n’appartient qu’à lui et qui, pourtant fait l’objet d’une reconnaissance universelle sans concept : singularité et universalité de la forme, du style, de Bach, Vivaldi, Proust, Renoir etc. Le vocabulaire les nomme d’ailleurs des maîtres.

Cependant, il existe des conditions externes qui peuvent remettre en question cette maîtrise : les œuvres sont souvent produites dans une finalité extérieure à l’artiste (Prince, États, religions : Bach doit produire une Cantate par Dimanche ! etc.) et elles ne peuvent être consacrées comme œuvres que par le public qui les accueille ou les refuse comme œuvre.
Et rien n’empêchait de remettre en question finalement l’idée d’œuvre qui devient de plus en plus problématique à partir de la notion de ready-made chez Marcel Duchamp ou de ce que les « artistes » nomment aujourd’hui « installation » !!! La maîtrise ne consisterait alors que dans le fait de poser un urinoir produit industriellement ou une roue de bicyclette  (Duchamp) dans un musée….  : il n’y a plus ici d’œuvre au sens fort du terme mais seulement un acte et une parole sensée transformer sans l’avoir toucher un urinoir en œuvre d’art : « Que Richard Mutt [Marcel Duchamp] ait fabriqué cette fontaine avec ses propres mains, cela n’a aucune importance, il l’a choisie. Il a pris un article ordinaire de la vie, il l’a placé de manière à ce que sa signification d’usage disparaisse sous le nouveau titre et le nouveau point de vue, il a créé une nouvelle pensée pour cet objet.». Et que dire de l’ancienne directrice, Anne Baldassari, licenciée du musée Picasso qui revendique comme œuvre le fait d’avoir pensé tel ordre dans l’accrochage des tableaux de Picasso ! La mise en œuvre, dans un musée, de l’œuvre de Picasso fait éclater l’idée de maîtrise par l’artiste de sa propre production puisque une pluralité d’intervenants (commissaire d’exposition, scénographe, décorateur etc.) veulent s’approprier la maîtrise du même produit. Les notions d’artiste, d’œuvre et de maîtrise ont-elles encore un sens ?