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Les pratiques artistiques transforment-elles le monde ? (Bac philo 2022).

Lisons l’intitulé pour tenter d’en dégager des paradoxes et une problématique. Pour cela il nous faut partir de l’essence de l’art en dégageant les conditions nécessaires et suffisantes pour qu’il y ait art :

On peut, pour trouver l’essence de l’art et d’une œuvre d’art, dégager 6 conditions de possibilité nécessaires et suffisantes.

1) une matière : l’œuvre d’art s’inscrit dans le sensible (ce sensible peut être de nature différente : couleurs, sons mais aussi mots)

2) une action (que l’on nomme production ou création) sur cette matière (transformation)

3) cette action est génératrice d’une forme (qu’on ne confondra pas avec un signe ou une image : voir ici) qui doit être singulière (qui se reconnaît dans le style propre à chaque artiste) : l’artisan n’est pas un artiste car il ne crée pas un style en suivant des règles précises. L’artiste est qualifié de génie car capable de créer sans règle préalable (« Toujours, nous serons tentés de chercher à la forme un autre sens qu’elle-même et de confondre la notion de forme avec celle d’image qui implique la représentation d’un objet et surtout avec celle de signe. Le signe signifie alors que la forme se signifie«Henri Focillon)

4) cette singularité a, en droit, une valeur universelle (même si elle n’est pas toujours reconnue comme telle dans la réalité)

5) cette forme est belle (elle n’est pas vraie ou utile ou morale ou immorale etc.)

6) cette forme belle produit quand on la contemple une joie, mieux, un bonheur : le bonheur du sentir

Mais l’intitulé ne dit pas « l’art » mais  parle de « pratiques artistiques » ; il met l’accent sur la deuxième condition de possibilité que nous avons dite, à savoir que l’art est de l’ordre d’une action sur une matière et sur ce point il s’apparente à la technique qui est aussi une action qui agit sur une matière. Mais s’agit-il d’une action qui produit ou qui crée ? Cette condition de possibilité est très importante pour ce sujet et conditionne en grande partie la problématisation. Si l’on dit que l’œuvre d’art est une production, on ne voit pas en quoi elle pourrait avoir un statut fondamentalement différent des productions techniques qui transforment effectivement le monde. Mais si l’on accorde à l’œuvre d’art le statut de création produit par l’imagination (faculté de néantisation du réel), nous aurions un argument essentiel pour lui donner un statut ontologique spécifique, singulier. L‘imagination qui est à l’œuvre dans l’art, ne pose pas une existence car elle neutralise le réel ; en termes sartriens, elle le néantise. Elle est le pouvoir de faire surgir quelque chose qui n’appartient pas au réel, qui ne vient pas du réel. L’imagination est le pouvoir (signe de la liberté de l’homme) de créer véritablement un réel, un monde, qui se suffit à lui-même.

Notre interrogation deviendrait alors la suivante : si les pratiques artistiques sont de l’ordre de la production ne faut-il pas dire qu’il est évident qu’elles transforment le monde à l’égal de la technique ? Mais si nous disons que l’art est création, surgissement de quelque chose à partir de rien, il ne serait pas transformation du monde mais formation d’un monde propre à chaque pratique artistique ? On pourrait donc interroger l’article défini « le » [monde] qui induit une direction que l’on remettrait en question : à côté du monde que les hommes modifient constamment par leur culture et leurs techniques, il y aurait des mondes et même des univers propres à chaque artistique qui ne communiquent pas avec « le » monde habituel. Et comme le dit James Joyce chaque artistique crée son monde : « le monde dans une coquille de noix ».

On voit que nous avons deux parties distinctes faciles à écrire mais dans une dernière partie on pourrait se demander si on doit en rester à une opposition entre des pratiques essentiellement techniques qui transforment le monde et des pratiques artistiques qui forment des mondes singuliers, propres à chaque artiste et à chaque pratique artistique ? N’y a-t-il aucune communication entre ces deux types de monde ? On pourrait répondre que si l’art ne transforme pas directement le monde, il provoque en nous une transformation de notre rapport au monde. Celui qui a vu les tableaux de Van Gogh, Guernica de Picasso, entendu « La mer » de Claude Debussy ne voit plus « le » monde comme avant. La pratique artistique (qui vaut aussi pour celui qui regarde les oeuvres qu’il n’a pas faites) transforme le monde de chaque homme.