(ce qui précède est ici)

[Corrélats avec le programme : le vivant, théorie et expérience, raison, vérité, désir, société]

Une mise en acte de la méthode expérimentale en médecine : Semmelweis

 Premier temps : observation d’un fait qui pose problème

En 1844, à Vienne en Autriche, il existait deux services d’obstétrique dans lesquels une maladie, nommée fièvre puerpérale touchait, le plus souvent de façon fatale, les femmes qui y accouchaient. Mais, curieusement, ces services étaient impactés de façon particulièrement inégale. Dans le service n°1 du professeur Klin, sur 260 femmes environ, les taux de mortalité sont annuellement de 8,2%, 6,4%, 11,4%, alors que dans le service n°2 du professeur Bartch, pour un nombre équivalent de femmes, les taux sont nettement plus faibles puisqu’ils sont respectivement  de 2,3%, 2% et 2,7%. Semmelweis est assistant dans le “mauvais” service du professeur Klein et cherche à connaître les raisons d’une telle différence.

Remarquons que pour le moment, la situation dans laquelle se trouve Semmelweis n’est pas très différente des médecins chinois qui constatent l’apparition d’un  virus inconnu touchant une quarantaine de personnes dont 11 de façon grave. Ce qui change en partie, c’est qu’aussitôt, les scientifiques savent qu’il existe un agent infectieux (virus ? bactérie ?) alors qu’à son époque, Semmelweis et les savants ignorent totalement l’existence de tels agents.

Deuxième temps : formulation d’hypothèses

Semmelweis se trouve en présence de nombreuses hypothèses :

A1) La fièvre puerpérale serait de “nature épidémique due à des « changements atmosphériques, cosmiques et telluriques » transportant une matière “putride“, qui concerneraient une zone déterminée de l’hôpital

A2) Semmelweis écarte cette hypothèse car on ne voit pas comment une telle cause impacterait un seul service ; sans oublier que ce phénomène ne se manifeste pas ailleurs dans Vienne et ses hôpitaux. Si on était en présence d’une épidémie du type choléra, c’est l’ensemble du territoire et pas seulement ces services obstétriques qui serait concerné. Ce qui incite également Semmelveis a cherché une cause interne à l’hôpital, c’est que le nombre de femmes mortes de la fièvre puerpérale, en ayant pourtant accouché à l’extérieur avant d’arriver à la maternité pour y être placées dans le service n°1 du professeur Klin, était supérieur à la moyenne du second service.

Remarque : en science, chaque situation est spécifique et l’invocation de causes atmosphériques dans certains cas n’est pas absurde !  Aujourd’hui il peut arriver qu’un bâtiment, et non pas son frère jumeau pourtant identique, soit à l’origine de cas de légionellose si le système de climatisation est défaillant dans l’un et pas dans l’autre ; il peut même, par les particules expulsées dans l’atmosphère, contaminer des populations alentour. Certaines études montrent qu’il y pourrait y avoir une corrélation (pas un lien de causalité) entre l’intensité de la pollution dans certains pays et la gravité de l’épidémie.

En Chine, le 20 avril 2020, on vient de relater, la contamination dans un restaurant, par une seule porteuse asymptomatique du  virus SARS-CoV-2, de 10 personnes car, pendant le repas et pourtant placés dans des tables différentes, les clients étaient balayés par le même flux d’air pulsé d’un climatiseur ; ceux qui ne recevaient pas cet air pulsé n’ont pas contracté la maladie ! Et parmi les 70 personnes présentes ce jour-là  dans le même restaurant à 3 étages dotés chacun de leur propre climatiseur, on n’a trouvé aucun autre porteur de la maladie.

Chaque fois qu’une question se pose, la science doit toujours repartir de zéro dans l’analyse de la situation donnée car rien n’assure que nous sommes en présence des mêmes causes donc des mêmes effets, des mêmes modes de transmission, de la nature du virus qui peut être un mutant, des thérapies adaptées comme on le voit actuellement pour le Covid-19 etc. L’opinion qui désire des réponses immédiates ne peut, dans ses exigences angoissées, que pousser les scientifiques à la faute s’ils veulent y répondre (c’est l’une des raisons pour lesquelles nombre de scientifiques qui acceptent de venir parler sur les chaines d’information continue se contredisent, disent parfois des âneries, car ils se placent au niveau de l’opinion et non de la science puisque celle-ci n’est pas encore établie sur la question). Est-ce le cas du professeur Raoult qui, fort de ses connaissances réelles des épidémies virales passées, en induit des affirmations (virus peu agressif, extinction rapide de l’épidémie, application de sa double thérapie etc.) qui relèvent, quoi qu’il en dise, plus de la prédiction que de la prévision et encore moins d’une science digne de ce nom ?

 

Le savant prévoit, le prêtre prédit : savant et/ou gourou ?

(à suivre ici)