La notion de travail n’est jamais vraiment définie correctement, même par les profs intelligents (voir par exemple les dernières émissions de France Culture dans les Nouveaux Chemins de la connaissance qui préparent au bac dont une portait sur le travail) : on ne donne pas l’essence du travail ; ceux qui consultent ce site n’ont eu aucun problème de définition et de problématisaton :

1° Quelles sont donc les conditions de possibilité de travail ? ou quelle est l’essence du travail?

– La condition majeure pour qu’il y ait travail, est la présence d‘une production qui peut être de nature matérielle et/ou intellectuelle.

– Mais toute production n’est pas du travail au sens fort du terme. D’ailleurs, on peut se demander, à la suite d’Aristote et de Marx, si l’abeille qui construit des alvéoles à la façon d’un architecte ou l’araignée qui tisse une toile à la manière d’un tisserand, travaille. La réponse est négative car l’activité de travail exige que la production soit pensée, réfléchie. En d’autres termes, avant de produire un objet quelconque, le travailleur doit avoir dans son esprit la forme qu’il veut imposer à la matière, ce qui suppose une pensée, une conscience, une raison. –

– Avons-nous pour autant trouvé l’essence du travail, ce qui fait que nous avons affaire à du travail et non pas à un loisir ? Pas encore, car dans le loisir, nous pouvons avoir une production réfléchie alors que nous ne parlerons pas évidemment d’activité de travail. Il faut donc faire apparaître une troisième condition de possibilité du travail, à savoir, une contrainte. Il n’y a de travail que si l’activité productrice possède, à des degrés divers, une part de contrainte. Inversement si celle-ci disparaît, le travail disparaît.(Précisons que dans l’activité que nous nommons travail, il existe deux types de contrainte :
– une contrainte interne qui consiste dans la démarche à suivre pour accomplir une tâche quelconque dans les règles de l’art : un luthier, pour construire un instrument est contraint de respecter des règles de son art. Mais cette contrainte existe également pour un luthier qui n’exercerait cette activité que dans le cadre de son loisir
– une contrainte externe qui consiste par exemple dans le fait que je ne fais pas l’activité du travail par ma seule volonté mais que je dépends d’un autre ou d’autres qui m’imposent l’activité que j’accomplis. Même si j’aime mon travail, tant qu’il y a travail, il subsiste cette contrainte externe.

On voit donc que pour qu’il y ait travail au sens fort du terme, il faut qu’apparaissent nécessairement les trois conditions de possibilité : production, pensée, contrainte.

2° Quelles sont les conditions de possibilité de la conscience ?

Il faut être capable de se séparer de, de prendre une distance par rapport à ce qui est, à tout ce qui est. Étymologiquement, la conscience est ce qui accompagne le savoir, ce qui nécessite d’être à côté de, à distance de. Elle est un creux, un néant, un non-être.

3° Ne pas oublier le soi.

s’il est un mot que les élèves ont de plus en plus de difficultés à voir, c’est le réfléchi, le moi qui revenant sur lui-même, donne le soi, le ré-fléchi à la façon d’un rayon lumineux qui frappant un miroir revient vers sa source. Or le sujet ici accorde que dans le travail, il y a conscience mais il demande si cette activité permet l’apparition et le développement de son soi (retour du moi sur moi).

4° problématisation :

Si ce travail d’analyse ses essences en présence dans l’intitulé est effectué, il ne reste plus qu’à les comparer pour faire la fameuse problématique tant recherchée et rarement trouvée !

– Le travail est production de quelque chose (essentiellement) d’extérieur au sujet ; comment cette polarisation sur l’extérieur pourrait-elle permettre de modifier ce qui est intérieur (la conscience de soi) ?
– le travail est une contrainte ; comment cette contrainte pourrait-elle permettre à la conscience qui n’existe que par la séparation, la prise de distance d’exister ? Dans la contrainte quelque chose s’impose à moi sans que je puisse m’en séparer, m’en éloigner ? Comment la liberté, condition nécessaire à la conscience de soi serait-elle possible ?
– le travail exige pensée, raison préalable et aussi en acte ; mais cette raison appliquée à un objet permet-elle le retour sur soi (on voit ici l’importance de tenir compte du réfléchi (soi) et pas seulement du moi : le sujet qui travaille est certain d’avoir une conscience qui accomplit la tâche mais, pour autant, cette conscience du moi, permet-elle la constitution d’un soi? (Il serait facile de montrer que dans un travail aliénant, le sujet perd son soi en devenant étranger à lui-même : la conscience qu’il a ne lui permet pas de développer sa conscience de soi mais de la perdre.)

L’enjeu du sujet (sa conséquence) : Si nous répondons que le travail ne permet pas de prendre conscience de soi (répétons bien que le sujet ne porte pas sur la conscience mais la conscience de soi, et si l’on estime que la conscience de soi est ce qui est spécifiquement humain puisqu’elle permet à un individu d’être une personne (un être singulier), alors le travail devrait être fui comme étant une activité inhumaine. Si, au contraire, on pense que le travail, par la production contraignante, permet au sujet de conquérir la conscience de sa singularité, alors, le travail doit être recherché comme activité structurante. Bref, l’enjeu (qui n’est pas le sujet mais sa conséquence) porte sur l’intérêt ou non, pour devenir un homme, de travailler. Pour reprendre la phrase de Marx disant que “nous perdons notre vie à travailler”, faut-il en déduire qu’il ne faut pas travailler si le travail nous fait perdre notre conscience de soi ?

Quelques pistes possibles :

Il serait possible de montrer que le travail peut être la source de la perte de la conscience de soi :
– passage à l’extérieur de son être dans une pro-duction
– la contrainte comme perte de son soi, de son être ; aliénation : devenir étranger (alienus) à soi
– le travail comme divertissement au sens pascalien : l’activité de travail comme possibilité d’oublier son soi, ses angoisses, son être malheureux ou inquiet.

Mais on pourrait facilement montrer que :
– en faisant quelque chose, le sujet se fait, construit son soi. Former un objet à l’extérieur de soi, c’est construire la forme de son propre soi
– la contrainte permet de connaître à la fois la limite externe mais aussi ses propres limites : la contrainte peut être structurante : celui qui rejette toute contrainte ne sait pas qui il est, quel est son soi, sa singularité
– le travail (voir Hegel et Marx) quand il n’est pas aliénant est ce qui permet à l’homme de libérer son soi, de devenir quelqu’un, de découvrir son soi et pas seulement son moi.