Est-il possible d’échapper au temps ? (bac 2019)

Pour pouvoir problématiser cet intitulé, il faut et il suffit de s’interroger sur les conditions qui rendent possible le temps. (voir ici Temps et conscience)

Pour qu’il y ait temps, il faut :

  • Une donnée quelconque, de l’être
  • Une conscience capable de faire un trou, de séparer ce donné, cet être : pour qu’il y ait temps, il faut qu’une conscience vienne, en quelque sorte, trouer l’être en soi de la nature: “le monde objectif est trop plein pour qu’il y ait du temps” (Merleau‑Ponty dans Phénoménologie de la perception, p. 471).
  • De déployer ce donné en trois dimensions, passé, présent, futur (présent du présent, présent du passé, présent de l’avenir)

La question ou le problème est désormais simple à énoncer : l’homme peut-il échapper à la conscience ?

L’enjeu : si la conscience est le propre de l’homme et si le temps est l’être même de l’homme (je suis temps et non j’ai le temps), échapper au temps serait échapper à la conscience donc à sa condition d’homme. L’enjeu est à la fois anthropologique et métaphysique car dans son sens originel, le méta-physique est ce qui est au-delà de toute condition donnée.

Pistes possibles : Si la conscience au sens fort du terme est le propre de l’homme, il est facile de montrer que l’homme est temps et qu’il est impossible de sortir de sa condition d’être assujetti au temps.

Mais n’existe-t-il pas des situations dans lesquelles la conscience disparaît ainsi que le temps : c’est ce qui se passe dans le bonheur esthétique (dans le sentir esthétique, la conscience est abolie au profit d’un bonheur qui, paradoxalement, ne dure qu’un instant !). Cela est vrai également quant aux créations esthétiques qui échappent aux conditions temporelles qui leur ont donné naissance. Une autre piste (métaphysique cette fois) consisterait à se demander si par exemple chez Platon mais aussi chez les stoïciens et les épicuriens par des modalités différentes, la sagesse obtenue en fin de la pratique philosophique ne consiste pas à sortir du monde empirique, du temps au profit d’un bonheur éternel a-temporel.

D’où la question : faut-il penser que le but du sage philosophe n’est-il pas de quitter la condition humaine, de devenir semblable aux dieux c’est-à-dire d’échapper au temps? Philosopher ce serait apprendre à mourir … au temps.