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(ce qui précède est ici)

Il nous faut mettre fin à ce petit divertissement (au sens pascalien) qui nous a été offert par une «philosophe», Marcela Iacub, qui se voulait intellectuellement provocatrice mais qui ne l’est que par sa relation avec un économiste mondialement connu par une double compétence intellectuelle et sexuelle. Car nous avons montré que tout ce qu’elle dit n’est que la simple copie des propos que tenaient certains philosophes ou croyants sur le plaisir : il lui suffisait de rendre positif ce qui était tenu par eux comme négatif, et le tour était joué ! Il n’était pas nécessaire de faire croire qu’on était sorti de sa table de travail ; ici, pas de plaisir vécu, rien que de la cervelle tordue, étrangère à la vie. Descartes enfermé dans son poêle aurait pu faire mieux car, nous y reviendrons, un étrange cogito sort de la cervelle de Marcela Iacub qui n’est au fond, que le symptôme d’une certaine bêtise contemporaine.

Le plaisir, au seul présent.

Le seul intérêt que l’on peut trouver à ses déclarations, c’est la confirmation de la nature du plaisir. Certes, tout son discours est pris dans une sorte de chamalo gluant autour de ce qu’elle nomme le porc, mais elle nous donne l’occasion de retrouver les caractéristiques du plaisir : nulle nécessité d’aller coucher pour découvrir ces banalités ! « Le cochon, déclare-t-elle, c’est le présent, le plaisir, l’immédiat ». Traduisons : le plaisir c’est le présent et l’immédiat et celle qui couche avec quelqu’un dans le but d’écrire qu’elle a couché avec lui est la négation même du plaisir car elle n’est ni dans le présent mais dans le futur ni dans l’immédiat mais dans le médiat (pour être dans les médias …). Le plaisir ne peut être plein que dans la mesure où l’on est totalement immergé dans le présent : penser aux conséquences, au lendemain, c’est déjà perdre une grande partie de la satisfaction. Et l’on comprend mieux pourquoi un être, ici notre économiste, dont l’existence est polarisée avant tout sur la recherche du plaisir ne pouvait pas tenir la promesse faite aux journalistes d’en finir avec ce type d’existence pour ne penser désormais qu’au futur de la campagne pour la présidence de la république … Et contrairement à ce que peut écrire cette pauvre Marcela qui projette dans les autres ce qu’elle est elle-même, ce n’est pas « sa bêtise qui l’a tué », c’est le fait que la recherche frénétique du plaisir exclut les calculs et toute méfiance.

La voie des Cyniques : le philosophe n’est pas celle qu’on croit …

Et pourtant il y avait une autre voie possible pour se faire remarquer positivement; ce n’était pas du côté de la cochonnaille qu’il fallait aller mais du côté du chien ou plutôt des chiens c’est-à-dire des Cyniques comme Cratès et Diogène. Ce sont des contestataires radicaux : le nom de cynique vient du fait qu’ils se réunissaient au lieu dit le cynosarge à Athènes que l’on pourrait traduire par « le chien agile ». Mais ce nom signifie aussi que ce sont des philosophes enragés, radicaux, qui aboient, jappent, mordent et ne reculent pas devant un grand nombre de provocations pour signifier leur pensée, pour démystifier ce qui leur semble mensonge et préjugé, qui mordent leurs amis pour les éveiller (ce qu’a fait notre économiste sur l’oreille de notre gourde qui n’a rien entendu à cette action digne de la philosophie cynique). De plus, à l’exemple des chiens, les cyniques essaient de préserver les principes d’une vie qui serait purement naturelle en excluant tout sentiment de pudeur. Il n’y a pas, comme chez les animaux, à avoir de pudeur concernant le corps. C’est pourquoi, les cyniques sont contre le fait de porter des vêtements et ils revendiquent la liberté sexuelle totale et même de faire l’amour en public comme Cratès et sa compagne Hipparchia (la première femme philosophe ; Marcela encore un effort …).
La distinction entre privé et public n’a pas de sens pour eux (mais, contrairement à une certaine Marcela on n’étale pas la sexualité de l’autre s’il n’y consent pas). C’est pourquoi, Cratès mange et fait l’amour, contrairement aux usages et pour montrer son indifférence (adiaphoria), sur la place publique, l’agora, et il demande l’anthropophagie qui est la négation d’une règle essentielle de fonctionnement de la culture. Voilà une philosophie qui aurait pu servir à notre contestataire en chambre et, si dans l’histoire on connaît la plus cynique (au sens actuel, non philosophique, de ce mot) qui se fait de l’argent en étalant publiquement ses salades, le plus Cynique n’est pas celle qu’on croit mais notre économiste. Certes, on ne trouve pas chez celui-ci la recherche d’une morale véritable, fruit du travail, de l’effort, de la volonté, de l’ascèse, qui ne doit rien aux apparences, au mensonge, aux conventions mais son individualisme, son indifférence au jugement des autres, « la capacité d’avoir commerce avec soi même« , son radicalisme dans le recherche du plaisir le rapproche beaucoup plus des philosophes cyniques !

Et puisqu’on en est à des considérations délirantes, pourquoi ne pas imaginer l’ancien directeur du FMI en Cynique qui s’ignore ? Car dans sa recherche frénétique du plaisir, notre homme est toujours en train de jouer avec les limites de la loi. Or les Cyniques, au nom d’une vie ensauvagée, remettent en question tout ce qui est de l’ordre de l’institué, de la norme, de la loi : la loi qu’il faut respecter n’est pas celle des hommes mais celle de la nature, celle du cosmos. Diogène avoue lui même avoir falsifié la monnaie, ce qui est une façon de dire que l’on ne respecte pas la loi, qu’on la transgresse (Il ne faut pas oublier que nomos signifie à la fois loi et a donné monnaie c’est à dire ce qui a une valeur instituée, posée arbitrairement par les hommes, par une société comme on peut le voir dans le cours changeant d’un jour à l’autre des monnaies). Ainsi, celui qui était à la tête d’une institution monétaire agirait en fait, par son comportement hédoniste, contre toutes les valeurs instituées par les hommes … Ce serait digne des Cyniques !

Cratès et Hipparchia faisant l’amour en public ? On s’interroge encore sur le sens à donner à ces sculptures romanes bien exposées à l’extérieur des églises … Incitation à passer à l’acte ? Mais, au moins ici c’est-à-dire à Mauriac (15), les noms des pratiquants ne sont pas livrés au public … .

Mais n’oublions pas que ce recours à des comportements animaux, à cet « ensauvagement de la vie«  n’a pas pour but de réduire l’homme à l’animal, il n’est qu’un moment, qu’un mouvement qui permet de mieux faire apparaître la revendication profonde des cyniques, à savoir, prendre modèle de vie et de sagesse sur les dieux car ils sont les seuls à être dans une autarcie complète. Le retour (recours) à l’animal à une fonction purificatrice qui a pour objectif de préparer à Dieu, à la divinisation et au … bonheur du sage (non au plaisir).

C’est la conscience du chien qui fait la conscience de l’homme : le cogito canin.

Finissons-en sur deux points qui nous éloignent de la notion de plaisir, le chien et l’éthique. Dans ce que l’on a nommé traditionnellement la dialectique du maître et de l’esclave, Hegel postulait que pour passer de l’animalité à l’humanité, il fallait, dans un combat pour la reconnaissance, être reconnu par une autre conscience de soi. Il n’est pas nécessaire ici de détailler les difficultés et parfois les impasses par lesquelles cette genèse de la conscience de soi se réalisait. Mais la niaiserie de Marcela Iacub dans son rapport à l’homme est toutefois symptomatique de ce que devient l’Homme dans l’occident actuel. Dans le monde grec, l’homme considérait qu’il se caractérisait par une nature double : il appartenait à l’animalité mais aussi aux dieux. Selon les philosophies, on pouvait mettre l’accent sur l’une ou l’autre de ces caractéristiques, ce qui faisait que certains méprisaient ou valorisaient certains plaisirs qualifiés d’animaux.
Depuis, Nietzsche nous annonce que Dieu s’est retiré de notre univers mental et l’homme doit désormais penser son être de façon purement autonome. Mais Michel Foucault, poursuivant en cela une autre (pré)vision de Nietzsche, nous annonce que l’homme est mort … Mais alors, à partir de quoi tenter de penser ce cadavre ? Tout simplement de l’animal ! Que l’on songe à Lautréamont: « Je rêvais que j’étais entré dans le corps d’un pourceau (…) Objet de tous mes vœux, je n’appartenais plus à l’humanité.  » C’est de l’animal que l’homme doit désormais tirer sa conscience de soi et c’est bien à cela que notre pauvre Dinde (régressons nous aussi dans la bêtise (sic) … animalière …) de Marcela Iacub est réduite : elle laisse tomber notre économiste pour vivre avec sa chienne (« L’amour de ma vie ») et si elle reconnaît positivement en lui sa bestialité porcine en matière sexuelle, elle l’insulte comme homme puisqu’il ne reconnaît pas sa chienne en tant que chienne nommée Lola (peut-être a-t-il pensé, habitué qu’il était dans sa recherche frénétique du plaisir à ne fréquenter que des humains, que Lola, prénom bien humain, était la nouvelle compagne de Marcela devenue subitement bisexuelle ou homosexuelle …)! La reconnaissance de l’autre en tant qu’homme (au sens générique) passe par la prise de conscience de la chienne de l’autre ! « Tu ne peux pas être un homme puisque tu ne reconnais pas ma chienne en tant que chienne », tel est le nouvel impératif catégorique du nouvel être « humain ».

Peut-être faudrait-il formuler ce nouveau cogito devenu cogitamus (nous pensons) canin de la façon suivante : « tu n’es pas un être humain et tu ne peux pas me reconnaître comme être humain puisque tu ne me perçois pas à partir du regard de ma chienne! » Et même Hegel y perdrait les fils de sa dialectique obscure, qu’on en juge si l’on peut comprendre. Pour notre philosophe allemand, jouant du génitif objectif et subjectif, le désir de l’homme, c’est le désir de l’autre, ce qui signifie à la fois que mon désir porte sur l’autre mais aussi que c’est l’autre qui produit mon propre désir. Tout se complique avec Marcela Iacub : notre économiste pensait que son désir portait sur un être humain prénommée Marcela, mais celle-ci n’aimait pas en lui un être humain mais un animal sexuel qualifié de porc. Et l’autre sur lequel le désir de notre économiste portait n’était pas un être humain mais un animal, un chien du nom de Lola car Marcela n’existe que parce qu’elle est reconnue par le regard de Lola. Le désir de Marcela c’est le désir de Lola dans les deux sens du terme. Bref, c’est la chienne de l’autre qui est désormais le maître du désir dont les hommes sont les esclaves … Chienne de vie … Il ne reste plus à l’homme, dans une sorte de généalogie régressive, qu’à descendre dans le végétal et le minéral … Mais on ne croit pas si bien dire si l’on songe au Robinson de Michel Tournier qui, isolé de toute humanité, ne voit plus son bonheur (pas le plaisir, nous allons y revenir à propos de Proust) que dans l’annihilation de sa conscience et son identification à la terre dans la … souille (et voilà le retour du … cochon… se minéralisant en s’éloignant de la vie).

Sort réservé aux philosophes qui disent et écrivent n’importe quoi sur les autres …

L’éthique (le bon et le mauvais) et la morale (le bien et le mal).

Il n’en reste pas moins que ce qu’a fait Marcela Jacub est éthiquement et moralement inacceptable. Qu’elle prenne du plaisir dans une relation sexuelle avec un homme détesté par beaucoup précisément en raison de son comportement sexuel, cela est légitime, mais ce qui ne l’est pas, c’est qu’elle jette dans l’espace public (comme c’est devenu courant chez des écrivains contemporains étalant au nom de la littérature leur relations privées sans l’accord de l’autre) le nom de celui avec qui elle a entretenu une relation de nature sexuelle. Par un mécanisme du moi bien observé par Freud et nommé projection inversée, elle reproche à l’autre ce qu’elle fait elle-même envers lui : elle s’en sert comme objet de son étude. Il n’y a pas de différence de nature entre celui qui prend un plaisir sexuel en transformant l’autre en objet non consentant à ce rôle et celui qui se pose comme objet apparemment consentant au désir de l’autre pour mieux prendre plaisir à exposer aux autres un soi-disant comportement bestial. Dans les deux cas, il y a viol, aliénation de l’autre.

Ainsi le plaisir d’exhiber ses conquêtes, sans l’accord explicite de l’autre, relève de l’obscénité et de la perversion qui discrédite comme philosophe celui ou celle qui s’y adonne. Bref, le plaisir physique ou intellectuel doit obéir à des règles éthiques et morales qui ne peuvent accepter le viol de l’intimité d’autrui. Et le cochon n’est pas celui qu’on pense car si l’on suit ce qu’écrit le Trésor de la langue française, est obscène « ce qui offense ouvertement la pudeur dans le domaine de la sexualité » et parmi les synonymes on trouve … cochon. La philosophie n’avait nul besoin d’une truie pour être mal aimée … Décidément « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas … ». En fait, dans la mesure où, selon ses dires, sa relation a pour motivation de chercher à comprendre le comportement d’un homme, on devrait dire que, chez elle, la raison n’a pas de cœur. « Aimer à perdre la raison » chantait le poète ; oui mais on ne peut aimer en gardant la raison ….

Et de grâce, quand on veut penser l’agir de l’homme, laissons définitivement les porcs et tous les animaux tranquilles : ils n’ont que faire des délires d’une femme perdue …

L’histoire s’achève en queue de p……, mais non, de cochon.

PS : et au moment où nous achevons ces lignes, une dame dont l’intelligence est au niveau de son timbre de voix quasiment inaudible, ne trouve rien de mieux que de traiter le Président de la République de pingoin. Conclusion : dès que vous avez envie de qualifier quelqu’un du nom d’un quelconque animal, c’est le signe que vous avez atteint le degré zéro de votre quotient intellectuel ; abstenez-vous !