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Travailler moins, est vivre mieux ?

Une pensée pour les égarés qui croient que discourir sur l’actualité qui a failli les empêcher d’arriver à l’heure pour composer leur dissertation, pourrait leur rapporter quelques points. Penser le présent est ce qu’il y a de plus difficile.

1° La comparaison entre « moins » et « mieux » s’impose et permet une première problématisation de l’intitulé : moins désigne une quantité inférieure alors que mieux signifie que la qualité s’est accrue. Certes, ce passage d’une quantité à une qualité est fréquent : la baisse de température chez un malade permet de dire que celui-ci va mieux mais en est-il de même quand il s’agit du travail ? De plus, si nous acceptons qu’il y ait du mieux si la quantité de travail est moindre, cela présuppose que l’activité du travail est pour le moins négative. On verra, en analysant le concept de travail, que cela renvoie à l’idée de contrainte qui fait partie de l’essence de cette activité travail vient de tripalium qui était un instrument de torture). Si le travail, par nature, est une contrainte, il semble logique d’affirmer que moins je travaille, plus je me libère et que, pour reprendre la phrase de Marx en l’inversant,  je ne perds plus ma vie à la gagner.

2° Analysons le concept de travail tout en indiquant les liens possibles avec l’intitulé, ce qui permet à chacun de choisir la façon dont il construira son devoir. Précisons qu’il n’y a pas de plan donné et que chacun est libre de procéder comme il l’entend. La seule qualité demandée, c’est de questionner, penser l’intitulé.

Quelles sont donc les conditions de possibilité de travail ? Quelle est l’essence du travail?

La condition majeure pour qu’il y ait travail, est la présence d‘une production qui peut être de nature matérielle et/ou intellectuelle.

– Mais toute production n’est pas du travail au sens fort du terme. D’ailleurs, on peut se demander, à la suite d’Aristote et de Marx, si l’abeille qui construit des alvéoles à la façon d’un architecte ou l’araignée qui tisse une toile à la manière d’un tisserand, travaille. La réponse est négative car l’activité de travail exige que la production soit pensée, réfléchie. En d’autres termes, avant de produire un objet quelconque, le travailleur doit avoir dans son esprit la forme qu’il veut imposer à la matière, ce qui suppose une pensée, une conscience, une raison.

– Avons-nous pour autant trouvé l’essence du travail, ce qui fait que nous avons affaire à du travail et non pas à un loisir ? Pas encore, car dans le loisir, nous pouvons avoir une production réfléchie alors que nous ne parlerons pas évidemment d’activité de travail. Il faut donc faire apparaître une troisième condition de possibilité du travail, à savoir, une contrainte. Il n’y a de travail que si l’activité productrice possède, à des degrés divers, une part de contrainte. Inversement si celle-ci disparaît, le travail disparaît.

On voit donc que pour qu’il y ait travail au sens fort du terme, il faut qu’apparaissent nécessairement les trois conditions de possibilité : production, pensée, contrainte.

Pour construire son devoir, il suffit d’appliquer à l’intitulé les conditions de possibilité de la notion de travail que nous venons de dégager. Si je travaille moins, je produis moins, il m’est plus difficile de satisfaire mes besoins vitaux et je devrai limiter mes désirs qui, chez l’homme, sont illimités (voir le corrigé ici). Mais dans une autre partie opposée, il serait possible de montrer que le temps de la production est du temps perdu pour vivre.

Le travail, tout travail exige une pensée, une réflexion et permet de développer en les objectivant dans des œuvres les capacités proprement humaines. Ainsi, plus je travaille, plus je m’humanise, je développe les possibilités d’une existence proprement humaine (ceux qui ont entendu parler durant l’année de la dialectique de la servitude et de la maîtrise chez Hegel savent que c’est par la production du travail que l’esclave devient le maître du maître et conquiert une existence libre). Inversement, il peut arriver que plus je travaille, plus je perde ma vie, mon existence, car loin de développer mes facultés, ma pensée, j’en suis réduit à agir selon des règles qui me sont étrangères.

Enfin, on pourrait montrer que la contrainte, la torture que représente le travail peut paradoxalement de mieux vivre : qui n’a pas connu des personnes qui avaient des potentialités dans un domaine donné (sport, musique, etc.) et qui n’ont pas su les développer, faute de vouloir subir les contraintes de tout apprentissage. Inversement, on pourrait dire que moins je travaille, moins la contrainte s’exerce sur mon existence et ma liberté, plus je peux m’épanouir. C’est en ce sens que le gendre de Karl Marx, Paul Lafargue, fait l’éloge de la paresse.

3° Il reste à s’interroger sur le verbe vivre.

Cette analyse pourrait permettre là encore de nourrir des thèses opposées. Dans un premier sens, on pourrait interpréter ce verbe dans un sens restreint, à savoir, être en vie c’est-à-dire être en mesure de satisfaire les besoins biologiques essentiels. Dans ce sens, il n’est pas certain que travailler moins (volontairement ou involontairement) permette de vivre mieux. Mais à cela on pourrait objecter que les primitifs, comme le montrent les travaux des anthropologues, limitent volontairement le temps de leur activité contrainte à rechercher la nourriture (pas plus de 2 heures par jour) quitte à parfois manquer de nourriture pendant quelques jours. Lorsque ils ont pu acquérir des haches métalliques en remplacement de leur haches en pierre, ils pouvaient produire 10 fois plus mais ils en ont profité pour « travailler » dix fois moins.

Mais vivre, ce n’est pas seulement satisfaire les besoins essentiels qui nous maintiennent en vie ; pour l’homme, vivre c’est exister c’est-à-dire par la conscience  qui nous permet d’être toujours au-delà de ce qui est (la nature, la vie, l’être). Comme le dit Sartre l’homme est ce qu’il n’est pas et il n’est pas ce qu’il est : vivre mieux en ce sens c’est s’ouvrir vers des possibles qui caractérisent l’homme et ce n’est pas uniquement maintenir l’être de la vie biologique. La question devient alors de savoir si le travail ou un temps de travail moindre permet ou empêche l’homme de réaliser son essence.

Enfin, dans un dernier temps, il serait possible de remettre en question le présupposé de l’intitulé qui associe travail et meilleure existence. Car on pourrait dire que ce n’est que dans les cas particuliers de travail (travaux aliénants) que l’on pourrait mécaniquement associer moins de travail et vie meilleure. Mais la suppression du travail ne garantit pas que l’homme ait une existence meilleure encore faudrait-il qu’il soit à la hauteur de l’exigence d’être un véritable existant. Qu’est-ce qu’une vie ou une existence bonne et réussie ? Si le travail, dans des circonstances négatives peut nous empêcher d’avoir une vie réussie et épanouie, moins travailler ou ne plus travailler ne répond pas à la question d’une vie réussie.