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Comme chaque année, les spéculations un peu idiotes et essentiellement commerciales vont bon train pour faire croire aux candidats du bac qu’on peut leur dire quels sujets vont tomber dans les différentes séries : cliquez et … payez ! Il en est ici comme des prévisions à long terme de la météo ou des numéros à venir du loto. Mais, le candidat, être rationnel s’il en est, sait très bien que toutes ces prévisions ne sont que des prédictions et pourtant, le candidat, être également de désir et de passion, se laisse prendre à l’irrationalité de ces discours : s’il pouvait passer le bac en recopiant un sujet tout fait !
Mais quand on sait qu’on demande aux professeurs qui préparent les sujets du bac en philosophie de produire des intitulés inédits, il ne sert pas à grand-chose de savoir que des sujets sur l’art ou la science vont tomber (on s’en doute !) : mieux vaut suivre les deux conseils suivants :
– Réviser essentiellement les définitions des notions au programme pour être en mesure de donner les conditions de possibilité, à savoir l’essence, de chaque notion. Vous pouvez, sur ce site, dans les corrigés des dernières années, trouver l’essence de quelques notions. Savoir cela, c’est être certain de pouvoir traiter n’importe quel sujet, à condition de suivre le deuxième conseil
– Bien lire le sujet en tenant compte de la totalité de l’intitulé : pouvoir n’est pas devoir etc. La simple analyse de l’intitulé donne toujours la problématique du devoir. Il suffit alors non pas d’analyser (c’est-à-à-dire décomposer) pour analyser mais de faire surgir des contradictions au sein de ces analyses.
Essayons de travailler à partir d’un sujet tombé à Pondichéry en 2011.

L’Etat doit-il viser le bonheur de l’individu ?

L’idéal de tout devoir de philosophie est de trouver un paradoxe au cœur de l’intitulé : si c’est le cas, la problématique est toute trouvée. Avant de lire ce qui va suivre, prenez quelques secondes pour essayer de la trouver, c’est la meilleure préparation qui soit ! Mais il est vrai que l’angoisse qui saisit le candidat fait qu’il n’entend pas ce conseil ! Il voudrait trouver LE corrigé qui mettrait fin à toute réflexion ! Pourtant la meilleure préparation n’est pas dans l’acquisition de connaissances mais dans un entraînement à la réflexion.

Une analyse logique de l’intitulé pour découvrir des contradictions.

Quel que soit le sujet, il est facile de se poser la question suivante : les notions qui figurent dans l’intitulé (Ici Etat, bonheur, individu donc x, y, z) ont-ils un rapport logique évident entre elles ? Par exemple, Etat et individus font-ils partie du même ensemble ? Si l’on ne réfléchit pas (ce qui n’est vraiment pas beau …), si l’on ne se force pas à penser (ce qui est pourtant exigé dans une dissertation et qui permet d’obtenir la moyenne sans guère d’efforts), on ne voit pas que l’association de l’Etat et de l’individu est problématique : peut-on dire que l’Etat n’est que la somme des individus qui en font partie ? Si l’on répond positivement, la différence ne serait alors que de nature quantitative et individu et Etat seraient dans un même ensemble ; par conséquent, il n’y aurait pas de problème logique à ce que l’Etat puisse se rapporter, s’appliquer aux individus, compris comme la plus petite unité indivisible en son sein : l’Etat, compris comme un ensemble d’individus, pourrait appliquer certaines propriétés (dans ce sujet le bonheur mais ce pourrait être la morale ou tout autre qualité) aux individus qui le constituent.
Mais L’Etat, en tant qu’Etat, se rapporte-t-il à l’individu ? L’individu est-il la plus petite partie indivisible au sein de l’Etat, font-ils partie du même ensemble ? En réalité, L’Etat, en termes logiques et ici politiques, n’a pas de lien avec des individus mais avec des citoyens. Ainsi un individu ou des individus qui étaient apatrides et qui deviennent membres d’un Etat changent en quelque sorte de nature : ils ne sont plus des individus ou plutôt que des individus mais ils deviennent des citoyens. L’individu et le citoyen n’appartiennent plus au même ensemble ; ils ne sont pas de même nature. Certes, pourrait-on objecter, qu’ils soient citoyens ou individus, l’Etat, par son action, peut avoir, dans les faits, un effet sur eux mais en philosophie le fait ne constitue pas un droit. Et nous venons de découvrir un premier problème, uniquement logique et politique : comment l’Etat qui, par nature, ne peut se rapporter qu’à des citoyens et non des individus, pourrait-il avoir comme devoir d’atteindre (ici pour le bonheur) des êtres (des individus) qui ne relèvent pas logiquement de son ensemble, de sa prise ? Pour ceux qui ne comprendraient pas cet antagonisme et ne verraient dans ces remarques que des arguties, il suffit de penser à la méfiance des philosophes libéraux (mais aussi les individualistes que sont devenus en quelques années les occidentaux et les élèves dans leurs copies) envers l’emprise de l’Etat qui tend à investir la totalité des sphères d’une société donnée. Or la vie des individus doit pouvoir garder une autonomie radicale, essentielle, par rapport à l’Etat. Il y a d’un côté, ce qui relève de l’Etat et, d’un autre, indépendant du premier, ce qui relève de l’individu.
Pour conclure, nous avons fait surgir, sans faire appel à un savoir ou à des connaissances quelconques d’un cours, un premier paradoxe au cœur de l’intitulé : n’y a-t-il pas une contradiction logique essentielle à vouloir que deux réalités de nature différentes (L’Etat, l’individu) puissent avoir un rapport et un effet de l’une sur l’autre ?

La contradiction logique devra par la suite être discutée.

Sur le fond, cette différence de nature posée entre la sphère de l’Etat et celle de l’individu peut être, par la suite, discutée. Car il existe, dans les faits, des conflits dans la façon de poser les rapports entre Etat et individu. Si l’on prend l’exemple de la religion, pour certains, la croyance religieuse des individus doit investir la totalité de l’ensemble Etat, de telle sorte que les deux ensembles de nature différente que nous avions distingués, se confondent : la croyance des individus devrait investir l’Etat qui, à son tour, ne laisseraient pas d’autonomie aux individus quant aux valeurs de leur existence : la différence de nature disparaîtrait. Alors que pour d’autres (conception de la laïcité) les croyances des individus font partie d’un ensemble qui ne doit en rien se rapporter à l’ensemble Etat : dans cette thèse, l’Etat n’a aucune légitimité à vouloir imposer des croyances et des valeurs de cet ordre aux individus car il existe une différence de nature entre Etat et individu. Le plus paradoxal dans ce débat surgit à propos de la notion de … bonheur ! Au cours de la Révolution française, la religion ne relève plus de l’Etat (d’où une séparation de nature entre Etat et croyance des individus) mais apparaît l’idée de bonheur (Saint-Just déclare que « Le bonheur est une idée neuve en Europe ») qui devient l’objet d’utopies sociales et politiques que pourraient réaliser les Etats : dans ce cas l’Etat pourrait viser le bonheur des individus en abolissant à nouveau la différence de nature entre la sphère de l’Etat et celle de l’individu !
On voit donc l’intérêt d’une analyse attentive de l’intitulé pour découvrir des paradoxes auxquels on essaiera de répondre dans le corps du devoir. Mais tout se joue, contrairement à ce que pensent nombre d’élèves, non pas dans la réponse mais dans la richesse du questionnement initial qui fera toute la valeur d’un devoir de philosophie.
Nous continuerons notre interrogation dans quelques temps. (à suivre ici)