(Ce qui précède est ici)

Le « De natura rerum » est un “De varietate rerum”.

Que nous promet Lucrèce dans son « De rerum natura » ? Rien moins que l’exposé, dans une parole associant poésie et raison, « d’un système qui pénètre l’essence même (« summa ratio ») du ciel et des dieux ». Pour cela il veut énoncer les « principes de la nature » (« rerum primordia ») qui prennent ici leurs deux significations et fonctions possibles, à savoir, épistémiques et ontologiques. Lucrèce veut nous donner non seulement la connaissance (épistémè) de ce qui est placé au début et ce dont tout le reste dépend, mais aussi nous révéler ce qui est réellement au fondement de tout ce qui est (signification ontologique) et de tout ce qui est produit.

Et la nature ici ce n’est pas le monde, notre monde qui n’est qu’une petite partie de l’univers mais la totalité de ce qui est, la totalité de l’être, ce que Lucrèce nomme indifféremment «omne immensum», «summa tota», «summai totius omne». De ce tout, il désire « montrer où la nature puise les éléments dont elle crée, fait croître et nourrit toutes choses, où elle les ramène de nouveau après la mort et la dissolution : ces éléments, dans l’exposé de notre doctrine, nous les appelons ordinairement matière ou corps générateurs, ou semences des choses, leur donnant également le nom de corps premiers, puisque c’est à eux les premiers que tout doit son origine ». Ainsi les principes que Lucrèce veut nous donner ont bien la double fonction de nous faire connaître la nature mais aussi  de nous donner les conditions de possibilité de naissance et de production de tout ce qui est.

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La nature fait naître, croître et nourrit toute chose”

Mais donner les principes de ce qui engendre tout ce qui est, n’est-ce pas obligatoirement en revenir à l’unité et à l’identité de l’Etre ? Malgré les différences importantes dans la description de la nature avec les autres philosophies comme celle de Platon, n’est-ce pas en revenir à une ontologie qui rassemble le tout de la nature dans un même Etre ?

(à suivre)