Voici les sujets du bac Philo d’Amérique du Nord, en 2011. On notera que cette année, si l’on tient compte des sujets de Pondichéry (où il n’y a pas, semble-t-il, de série L), les notions de bonheur, d’Etat, et plus généralement de société et de politique sont vraiment à la fête. Qu’on en juge :
Pourquoi l’État devrait-il limiter son pouvoir ?
L’État doit-il viser le bonheur des individus ?
Rendre les hommes meilleurs, est-ce le but de la politique ?
Peut-on être heureux dans la solitude ?
Le bonheur est-il affaire de chance ?
Le bonheur est-il un droit ?
Est-il juste d’interpréter la loi ?
On constate, ce qui est extrêmement rare, que la notion de bonheur est présente dans les 3 séries d’Amérique du Nord ! On remarquera également que les sujets qui portent sur l’Etat sont associés à la notion de devoir. Le fait que ces notions de bonheur et d’Etat soient fréquentes dans ces centres n’indique pas qu’ils n’ont aucune chance de tomber dans les séries de métropole !
En Amérique du Nord, en 2008, une des dissertations portaient sur l’histoire : “L’histoire n’est-elle qu’une suite d’événements ?” Nous avons, sur ce site, donné quelques indications sur ce sujet mais, surtout, nous avions, pour mieux comprendre l’essence de l’histoire, expliqué un autre texte de Cournot et notamment les dernières lignes de celui qui est tombé cette année en Amérique du Nord !

Sujets Amérique du Nord

Série TL.
1° SUJET
Le bonheur est-il affaire de chance ?

2° SUJET
Est-il juste d’interpréter la loi ?

3° SUJET

Expliquer le texte suivant

Tandis que la spécialisation est essentiellement guidée par le produit fini, dont la nature est d’exiger des compétences diverses qu’il faut rassembler et organiser, la division du travail, au contraire, présuppose l’équivalence qualitative de toutes les activités pour lesquelles on ne demande aucune compétence spéciale, et ces activités n’ont en soi aucune finalité : elles ne représentent que des sommes de force de travail que l’on additionne de manière purement quantitative. La division du travail se fonde sur le fait que deux hommes peuvent mettre en commun leur force de travail et « se conduire l’un envers l’autre comme s’ils étaient un ». Cette « unité » est exactement le contraire de la coopération, elle renvoie à l’unité de l’espèce par rapport à laquelle tous les membres un à un sont identiques et interchangeables. (…) Comme aucune des activités en lesquelles le processus est divisé n’a de fin en soi, leur fin « naturelle » est exactement la même que dans le cas du travail « non divisé » : soit la simple reproduction des moyens de subsistance, c’est-à-dire la capacité de consommation des travailleurs, soit l’épuisement de la force de travail. Toutefois, ni l’une ni l’autre de ces limites ne sont définitives ; l’épuisement fait partie du processus vital de l’individu, non de la collectivité, et le sujet du processus de travail, lorsqu’il y a division du travail, est une force collective et non pas individuelle. L’« inépuisabilité » de cette force de travail correspond exactement à l’immortalité de l’espèce, dont le processus vital pris dans l’ensemble n’est pas davantage interrompu par les naissances et les morts individuelles de ses membres.

ARENDT, Condition de l’homme moderne

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

Série ES
1° SUJET

Peut-on être heureux dans la solitude ?

2° SUJET

Pourquoi l’État devrait-il limiter son pouvoir ?

3ème SUJET

Expliquer le texte suivant

Ce qui fait la distinction essentielle de l’histoire et de la science, ce n’est pas que l’une embrasse la succession des événements dans le temps, tandis que l’autre s’occuperait de la systématisation des phénomènes, sans tenir. compte du temps dans lequel ils s’accomplissent. La description d’un phénomène dont toutes les phases se succèdent et s’enchaînent nécessairement selon des lois que . font connaître le raisonnement ou l’expérience, est du domaine de la science et non de l’histoire. La science décrit la succession des éclipses, la propagation d’une onde sonore, le cours d’une maladie qui passe par des phases régulières, et le nom d’histoire ne peut s’appliquer qu’abusivement à de semblables descriptions ; tandis que l’histoire intervient nécessairement […] là où nous voyons, non seulement que la théorie, dans son état d’imperfection actuelle, ne suffit pas pour expliquer les phénomènes, mais que même la théorie la plus parfaite exigerait encore le concours d’une donnée historique. S’il n’y a pas d’histoire proprement dite là où tous les événements dérivent nécessairement et régulièrement les uns des autres, en vertu des lois constantes par lesquelles le système est régi, et sans concours accidentel d’influences étrangères au système que la théorie embrasse, il n’y a pas non plus d’histoire, dans le vrai sens du mot, pour une suite d’événements qui seraient sans aucune liaison entre eux.

COURNOT, Essai sur les fondements de la connaissance et sur les caractères de la critique philosophique.

Série S :

Sujet n ° 1
L’hypothèse de l’inconscient exclut-elle toute connaissance de soi ?

Sujet n ° 2
Le bonheur est-il un droit ?

Sujet n ° 3
Expliquer le texte suivant
Nous sommes cultivés au plus haut degré par l’art et par la science. Nous sommes civilisés, jusqu’à en être accablés, par la politesse et les bienséances sociales de toute sorte. Mais nous sommes encore loin de pouvoir nous tenir pour déjà moralisés. Si en effet l’idée de la moralité appartient bien à la culture, la mise en pratique de cette idée qui n’aboutit qu’à une apparence de moralité dans l’amour de l’honneur et la bienséance extérieure, constitue simplement la civilisation. Or tant que les États jettent toutes leurs forces dans leurs projets d’extension vains et violents, tant qu’ils entravent ainsi sans cesse le lent effort de formation intérieure du mode de penser de leurs citoyens, et qu’ils leur retirent ainsi toute aide en vue de cette fin, une fin semblable ne peut être atteinte, car sa réalisation exige que, par un long travail intérieur, chaque communauté forme ses citoyens. Or, tout bien qui n’est pas greffé sur une intention moralement bonne n’est qu’apparence criante et brillante misère. C’est dans cet état que l’espèce humaine restera jusqu’à ce qu’elle s’arrache par son travail (…) à l’état chaotique de ses relations internationales.

KANT, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolltique
La connaissance de !a, doctrine de l’auteur n’est pas requise. 11 faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont
il est question.