Le thème de culture générale pour les prépas HEC vient d’être voté au conseil supérieur de l’Education : il sera pour l’année 2014, l’espace.
Nous mettrons au cours de l’année des éléments de réflexion sur ce thème peu traditionnel et qui concerne des dimensions multiples. Et pour éveiller déjà l’attention de certains, nous proposons cette pensée du philosophe Alain :”Nous percevons les objets dans l’espace, mais l’espace n’est pas un objet des sens“. Cette année, il est certain que pour vous, l’espace sera objet … de réflexion!

ou d’angoisse, si vous suivez les chemins de Pascal !

« Je ne sais qui m’a mis au monde, ni ce que c’est que le monde, ni que moi-même; je suis dans une ignorance terrible de toutes choses; je ne sais ce que c’est que mon corps, que mes sens, que mon âme et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur elle-même, et ne se connaît non plus que le reste. Je vois ces effroyables espaces de l’univers qui m’enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’à un autre de toute l’éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui m’enferment comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir, mais ce que j’ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter.

Comme je ne sais d’où je viens, aussi je ne sais où je vais; et je sais seulement qu’en sortant de ce monde, je tombe d’où jamais ou dans le néant ou dans les mains d’un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage. Et de tout cela, je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à chercher ce qui doit m’arriver” (surtout au concours en 2014 !)

Quant à ceux qui pourraient croire au caractère borné et fini de l’espace et de l’étude de cette notion, ils pourront, en lisant cette démonstration du caractère infini de l’espace par Lucrèce, que leur travail n’aura pas de bornes et qu’il sera indéfini …
«D’autre part, supposons maintenant limité tout l’espace existant ; si quelqu’un dans son élan s’avançait jusqu’au bout de son extrême bord, et que de là il fit voler un trait dans l’espace ; ce trait balancé avec grande vigueur, préfères-tu qu’il s’en aille vers son but et s’envole au loin, ou es-tu d’avis qu’il peut y avoir un obstacle pour interrompre sa course ? C’est une de ces deux hypothèses qu’il faut choisir d’adopter ; or, l’une et l’autre te ferment toute retraite, et t’obligent à reconnaître que l’univers s’étend affranchi de toute limite. Car soit qu’un obstacle extérieur empêche le trait d’atteindre son but et de s’y loger, soit qu’il puisse poursuivre sa course, le point dont il s’élance n’est pas le terme de l’univers. Sans cesse je te poursuivrai de cet argument, et partout où tu placeras l’extrême bord du monde, je te demanderai ce qu’il adviendra du trait. Il arrivera que nulle part ne pourra se dresser de borne, et que sans cesse de nouvelles échappées prolongeront à l’infini les possibilités de s’enfuir. »