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« Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ? ».
Il s’agit d’un beau sujet pour la série L. mais qui est très difficile à traiter correctement. Il porte évidemment sur la notion de temps mais on pourra l’enrichir par une réflexion sur l’histoire en considérant qu’il ne s’agit pas seulement du passé et de l’avenir d’un individu mais aussi de ceux d’un peuple et surtout de mémoire.
L’intitulé nous demande si la condition de possibilité de l’avenir est conditionnée par une autre condition de possibilité qui est le passé. Faut-il penser que l’instauration de l’un (l’avenir) suppose la négation de l’autre (le passé) ? Comment un avenir est-il possible si le passé insiste, subsiste, obsède aussi bien une personne qu’un peuple ? N’y a-t-il d’à-venir que si rien n’a passé, n’est passé ? Mais la rédaction du sujet est assez subtile car elle ne parle pas simplement du passé mais de « l’oubli du passé », ce qui pose la question de la mémoire et du souvenir : on ne dit pas que le passé devrait être aboli mais seulement son souvenir. On voit ici tout l’enjeu contemporain de la formation ou non d’une mémoire pour un peuple construisant son histoire et son avenir. N’y a-t-il pas aujourd’hui une tentation pour les individus comme pour les peuples de vivre leur vie en rompant totalement avec leur passé comme si l’on pouvait construire son présent et don avenir à partir de rien ?
La deuxième subtilité porte sur l’expression « se donner un avenir » : elle pose que nous faisons notre avenir. La possibilité de produire cet avenir, de le vivre pleinement, aurait pour condition de ne pas être lesté par le poids du souvenir du passé.
Quoi qu’il en soit, la formulation du sujet nous oblige à nous demander s’il est impératif que, pour que l’avenir soit, il soit pur de toute trace du passé : peut-on s’ouvrir à l’avenir que s’il est vierge de toute mémoire, de toute présence du passé en moi ? L’histoire individuelle comme collective doit-elle effacer tout rapport au passé pour que l’avenir non pas existe mais soit véritable ? N’est-ce pas le projet qui est aucouer de ce que l’on nomme, pris au sens fort, révolution ?
Pour répondre à cette question, il est indispensable que le candidat réfléchisse sur l’essence du temps : peut-on, comme le fait l’intitulé, parler du passé et de l’avenir comme des êtres distincts, séparés ? S’agit-il d’entités facilement distinguables et opposables ? Or il n’existe pas de passé, d’avenir en soi mais, comme l’a montré saint Augustin, il n’y a que le présent du présent, le présent du passé, et le présent de l’avenir, ce qui revient à dire qu’il n’y a ni présent, ni passé ni avenir en soi. Par conséquent, l’avenir, mon avenir est toujours celui d’un présent, d’un sujet, qui pose cet avenir et il ne peut le poser que parce qu’il pose aussi un passé. Bref, l’oubli du passé, ce serait pour un peuple comme pour un individu, la perte du sens de son présent et encore plus de son avenir. Mais, on ne fera pas pour autant l’erreur inverse qui aboutirait à fixer une essence du passé qui devrait subsister de façon immuable : cela détruirait cette fois le sens du présent et interdirait l’avenir : le névrosé est celui qui ne peut se détacher d’un passé qui ne passe pas et qui contamine le présent et l’avenir. L’avenir du névrosé, c’est paradoxalement son passé : mais étant son passé, il ne peut avoir de passé. Or c’est en intégrant ce passé qu’il pourra avoir un avenir.
L’existence est une dialectique subtile qui fait circuler constamment le présent du présent, le présent du passé et le présent de l’avenir. C’est pourquoi, pour se donner à l’avenir, la présence du passé est nécessaire, sous peine de prendre l’avenir pour ce qui n’est que la répétition inconsciente du passé.
L’avenir n’est que l’avenir d’un présent mais il n’y de présent que parce qu’il est le présent d’un passé.